Patan Durbar Square

Pour le weekend du Nouvel An, nous avons 2 jours de congés. Le premier jour, nous partons pour Patan, un quartier en périphérie de Katmandou, qui fut une ville et même un royaume à part entière dans le passé (voir les notes historiques). On se sent l’âme aventurière et on décide de partir en bus. Mauvaise idée … bien que les népalais soient tous très gentils et serviables, ils ont un petit défaut : lorsqu’on leur pose une question dont ils ne connaissent pas la réponse, ils répondent quand même oui. On perd donc un peu de temps dans les transports mais on finit par arriver à destination en taxi.

Comme l’entrée de la place est assez chère, notre plan initial était de se promener autour de la place puis d’aviser pour décider si on rentrait visiter les temples et palais. Mais lorsqu’on arrive, un panneau affiche que les frais versés pour les visites servent en partie à restaurer les dégâts causés par le tremblement de terre. Qui plus est, nous rencontrons un guide avec un anglais excellent, un certain charisme et surtout un bon sens des négociations : il nous demande un peu ce qu’on fait ici et quand on lui explique, il nous dit qu’il veut bien faire descendre son prix de quelques centaines de roupies ( le prix initial étant de 1600 Rs pour 3 puisque Max nous accompagne).

On prend la décision d’aller d’abord manger un bout sur un toit des alentours avant de faire cette visite guidée. Une heure plus tard, nous retrouvons Lilendra, notre guide qui attend patiemment. Il commence par nous emmener sur un petit toit afin que nous puissions prendre une photo générale de la place.

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C’est l’occasion pour lui de nous expliquer un peu l’histoire de ce lieu, aujourd’hui nommé Patan mais qui s’appelait Lalitpur, « la ville des arts », dans le passé. La ville a été fondée au 3e siècle avant JC avec la dynastie Kirat mais c’est en 1482 que ça devient intéressant pour comprendre la géographie actuelle de Katmandou et ses alentours : pendant la période médiévale, c’est la dynastie Malla qui règne, dont Yaksha Malla qui meurt en laissant trois fils qui devaient régner ensemble.

Bien entendu, on sait tous comment ça se passe quand on doit se mettre d’accord pour partager le pouvoir … c’est pourquoi le royaume de Katmandou sera divisé en 3 royaumes : Pratap Malla sera le souverain de Kantipur (actuelle Katmandou), Siddhi Narasimha Malla règnera sur Lalitpur (actuelle Patan) et finalement, Bhupatindra Malla sera roi de Bhadgaon (actuelle Bhaktapur). Chacun des 3 royaumes se spécialisera dans un domaine et contribuera au prestige de la vallée : Kantipur est la cité du commerce et des affaires; Lalitpur est celle des arts et de l’artisanat; Bhadgaon représentera l’agriculture.

D’autres royaumes plus petits existaient aussi aux alentours. Plus tard, au 18e siècle, les Gorkhalis, un peuple de l’ouest du Népal, menés par leur roi, font campagne vers la vallée de Katmandou pour annexer les petits royaumes épars, dont les 3 grandes cités Mallas qu’ils assiègent. Les rois Mallas demanderont de l’aide aux britanniques mais malgré tout, les 3 villes se rendront sans bataille au Roi Gorkhali. C’est ainsi que s’est opérée l’unification d’une grande partie du Népal, et plus précisément celle de la Vallée de Katmandou. Nous sommes donc aujourd’hui dans la cité des arts où, par le passé, la rivière coulait parmi les temples sur Durbar Square, la place principale.

Après ce petit cours d’histoire, nous descendons pour prendre nos premières leçons d’Hindouisme. Et nous ne sommes pas près de devenir experts : cette religion ne compte pas moins d’une trentaine de millions de dieux et déesses ! Et qui plus est, la plupart des Népalais et Indiens pratiquent l’Hindouisme, ou le Boudhisme, mais le plus souvent il s’agit d’un mix des deux …

On commence par la statue de Hanuman, le dieu singe de la religion Hindoue qui est la seule figure qui soit couverte d’étoffes en permanence. La raison est très simple : à une époque où le contrôle des naissances est de la responsabilité des Dieux, celles et ceux qui souhaitent concevoir ou qui viennent de mettre au monde un bébé, viennent prier Hanuman.

En20161231_0032 revanche, ceux qui ne souhaite plus en avoir viennent aussi le prier, mais pour cela, ils doivent regarder la statue en passant la tête sous les étoffes. Il est donc couvert pour éviter que plus personne n’ait d’enfant. Hanuman représente donc la fertilité mais aussi la sagesse car c’est un modèle de virtue et d’abnégation et représente la partie la plus animale de l’homme. C’est aussi lui que les Hindous prient lorsqu’ils sont malades ou blessés : ils frottent la partie malade de leur corps sur la statue en priant Hanuman de les aider à guérir.

Juste à côté de Hanuman, se trouve Ganesh, le dieu du succès, de la créativité et de l’intellect, qui peut décider ou non de lever les obstacles qui se mettent entre vous et la réussite d’un projet. L’histoire de ce dieu à tête d’éléphant est assez simple : Parvati, la femme de Shiva, déesse de la fertilité, de l’amour et de la dévotion, se sentait bien seule parce que Shiva était parti pour un long voyage de médidation.

Pour20161231_0036 lui tenir compagnie, elle décida de créer Ganesh avec de la farine de riz et des onguents qu’elle avait raclés sur sa peau. Un jour, elle demanda à Ganesh de garder la porte de la maison pendant qu’elle prenait son bain. Elle lui ordonna de ne laisser personne, sous aucun prétexte. C’est ce moment que choisit Shiva pour rentrer de son voyage. Bien sûr, Ganesh n’ayant jamais rencontré son « père », refusa de le laisser entrer ce qui mit Shiva dans une fureur noire. Ce dernier lui coupa la tête qui roula au loin et fut à jamais introuvable. Parvati fut inconsolable et ordonna à Shiva de la remplacer par la tête du premier enfant qui ne serait pas gardé par sa mère. Shiva se mit en quête et trouva un éléphanteau après plusieurs jours. Il lui coupa la tête et la remit à Ganesh, reconnaissant ainsi sa paternité.

Ganesh est omniprésent à Katmandou, cité du commerce. A chaque coin de rue, on voit des temples dédiés à Ganesh, que les Hindous prient pour le succès de leurs projets. Les statues le représente le plus souvent avec une seule défense car il l’a un jour jetée à la lune pour s’être moquée de sa corpulence.

Pour notre prochaine étape, le guide nous emmène au palais qui daterait du 17e siècle. L’architecture est typiquement Newari avec de nombreuses poutres de bois gravées de représentation de la mythologie Hindoue, avec un niveau de détails impressionnant. Les façades sont parsemées de fenêtres Newari qui permettent de voir sans se faire voir. Derrière la cours principale du palais, le toit d’un temple est visible.

Le guide nous explique qu’à l’époque des 3 princes Mallas, les rois voulaient encourager leur peuple à croitre. Pour cela, on marriait les enfants à environ 9 ou 10 ans, afin qu’ils aient la chance de concevoir un maximum d’enfants. A cet âge-là, ignorant comment faire les enfants, certains posaient la question aux adultes qui leur disaient simplement d’aller contempler les images du temple. C’est pour celà que le Kama Sutra a été créé, afin que les enfants puissent s’éduquer à la sexualité. Et c’est la raison pour laquelle les poutres de certains temples sont aussi ornées de scènes sexuelles.

Une20161231_0050 fois le mystère des poutres du temple résolu, nous nous tournons vers le centre de la cour nommée « Sundari Chowk », la cour de la beauté : au milieu, se trouve une magnifique baignoire creusées dans le sol sur les ordres du roi pour sa femme.

La20161231_0046 deuxième cour du palais est quelque peu différente : celle-ci est utilisée pour les cérémonies religieuses car elle donne sur la porte du temple sur laquelle sont suspendus les intestins du dernier boeuf sacrifié, offerts pour que les déesses les portent en colliers. D’un côté de la cour, se trouve un poteau utilisé pour attacher et sacrifier les bêtes pendant certaines fêtes. Il faut savoir que le spectacle ne doit pas être bien joli à voir, d’autant plus que pour respecter le caractère sacré des célébrations, il faut sacrifier pas moins de 108 animaux !

L’apogée des cérémonies est atteinte lorsque le boeuf entre dans la cour : après quelques rites sacrés, on lui tranche une artère dans le cou afin de faire gicler le sang sur la porte du temple en offrande à la déesse nouricière. Après quoi, les participants aux festivités viennent s’abreuvoir directement à la source et boivent le sang de la bête jusqu’à sa mort. Tout cela peut sembler extrêmement cruel mais il faut comprendre que pour les Hindous, les bêtes sacrifiées sont exemptées du cycle des 84 réincarnations nécessaires avant de pouvoir obtenir une nouvelle chance dans le corps d’un homme, et de pouvoir ainsi prétendre au Nirvana auquel on peut accéder après une vie exemplaire.

Notre20161231_0056 prochaine étape : les temples de la place principale dont certains se sont effondrés après le tremblement de terre qui n’a pas épargné Patan. Parmi tous les édifices, le plus impressionnant est certainement le Krishna Mandir, creusé dans un seul bloc de pierre au 16e siècle. Malheureusement, il a souffert de la catastrophe de 2015 bien qu’il soit toujours debout, c’est pourquoi de grand échaffaudages l’entourent afin de permettre son renforcement. Face à ce temple, se trouve Garuda, l’oiseau, dieu des voyages qui est aussi le moyen de locomotion de Vishnu. Les gens le prient pour avoir un voyage sans encombre.

Après avoir traversé la place, nous arrivons dans une petite ruelle où des musiciens font des percussions. Le guide nous explique qu’il s’agit d’une famille Newari (reconnaissables à leurs chapeaux traditionnels) qui célèbre l’anniversaire d’un senior de leur famille. Cela arrive lorsque quelqu’un atteint son 77e, 87e ou 92e anniversaire : on considère qu’ils entrent dans une autre vie et font un pas de plus vers la vie éternelle. Lors de cette célébration, la personne reçoit une boucle d’oreille spéciale. Et en effet, une vieille dame, toute petite, arrive, portée par les membres de sa famille, puis est installée dans un char aux couleurs chatoyantes afin d’entamer une procession à travers la ville.

Les membres de sa famille sortent toutes d’un petit temple boudhiste : le Temple Doré aussi connu sous le nom de Bhaskerdev Samskarita Hiranyabarna Mahavihara. C’est là que nous allons.

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Dans l’entrée, au plafond, un magnifique mandala nous surplombe : on apprend que les mandalas sont en fait des représentations des stupas (voir l’article sur Budhanat) vues du ciel. Lors de cette visite, le guide nous explique comment les gens prient : avec de petits chapelets ou en faisant tourner les moulins à prières, on récite les 6 syllabes (mantras) « om » « ma » « ni » « pad » « me » « hom » qui représentent différentes étapes de la vie telles que la naissance, l’enfance, l’âge adulte, la viellesse puis la mort et la transition vers une nouvelle vie.

Il20161231_0077 nous explique que ce sont ces mantras qui sont gravés sur les moulins à prières qui contiennent des textes boudhistes, philosophiques ou historiques, rédigés sur des rouleaux de papier de riz vieux de plusieurs centaines d’années, puis il en ouvre un pour nous le montrer.

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Une fois le temple traversé, il nous emmène dans une petite boutique où un artisan fabrique des bols chantants et des bols soignants. L’homme nous fait une petite démonstration puis nous explique comment ces bols sont fabriqués à la main à partir de différents métaux (pouvant aller jusqu’à 7). Ces objets sont utilisés pour la méditation et les soins car ils créent des vibrations à différentes fréquences selon leur taille et les métaux qui les composent. Nous avons même droit à une petite expérience avec un bol contenant de l’eau : l’homme fait « chanter » le bol, transmet les vibrations à l’eau qui commence à s’agiter dans tous les sens.

Il nous explique ensuite que c’est justement parce que le corps humain est composé à 70% d’eau que ces bols sont utilisés pour les soins. Nous avons même le droit d’essayer personnellement les effets de ces objets. (video) Nous ressortons de ce lieu un peu dans les nuages, comme si nous venions de faire une sieste.

C’est ainsi que notre visite se termine. Nous retournons avec notre guide jusqu’au musée de Patan, sur Durbar Square et nous décidons de lui donner un salaire bien mérité sans négocier, avant d’entamer notre visite du musée qui est le plus grand du Népal. Nous donnerons quelques anecdotes et explications lues au musée au fur et à mesure des articles et vistes. Nous quittons la place sur une superbe partie de Tsoungi (sorte de boule d’elastiques) avec les enfants et les jeunes népalais du coin, en pensant finir la journée en beauté … mais c’était sans compter ce qui nous attendait un peu plus loin dans la rue.

Alors que nous marchons, à la recherche d’un taxi, des percussions provenant d’un temple vide et obscure attirent nos oreilles curieuses. Nous jetons un oeil à l’entrée et un homme nous fait signe que nous pouvons venir. Des enfants jouent au ballon mais pas de signe de percussion. Elles viennent d’au-dessus de nos têtes, d’un joli balcon en bois mais nous ne voyons rien. L’homme nous fait alors signe d’avancer vers une porte pour « aller voir la fille ». On se regarde un peu déconcertés : quelle fille ?

Comme nous sommes de gros curieux, on décide d’enlever nos chaussures pour aller voir la fameuse fille. Une femme qui fait la lessive dans l’entrée nous fait signe d’attendre puis crie quelque chose à quelqu’un à l’étage. Après deux minutes, nous sommes autorisés à monter. Un homme nous attend sur le pas de la porte avec un pichet d’eau et nous lave les mains. A ce moment-là, nous échangeons notre deuxième regard incrédule.

Nous entrons finalement dans une petite pièce au fond de laquelle une petite fille, vêtue de rouge et d’or, trône au dessus de plateaux remplis d’offrandes, et nous toise d’un regard glacial. Nous n’avons aucune idée de ce que nous faisons ici ou de ce que nous sommes sensé faire en sa présence. L’homme, dépité, nous dit d’aller nous agenouiller devant la fille pour recevoir le sacrement et faire notre offrande. Alors on s’execute. La petite fille nous applique la poudre rouge sur le front (thika), en évitant soigneusement notre regard. Tout va très vite puis on redescend sans avoir aucune idée de ce qui vient de nous arriver.

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Un peu plus tard, nous apprendrons qu’il s’agit en fait de la Kumari de Patan, l’incarnation d’une déesse vivante sur terre. La légénde dit que cette déesse était très amie avec un roi qu’elle aimait beaucoup. Elle lui rendait souvent visite pour jouer aux cartes mais un jour, l’homme la regarda avec de mauvaises pensées dans l’âme, alors elle décida de ne plus jamais lui rendre visite et lui dit d’attendre le jour où une petite fille rierait aux éclats pour se moquer de lui en public.

Dès lors, le roi vivait dans la culpabilité de ce qu’il avait fait. Un jour qu’il rendait visite à une famille, une petite fille le regarda et se mit à rire aux éclats. Le roi, honteux, s’enfuit. Il avait compris que la petite fille était la réincarnation de sa déesse et décida d’y retourner pour se faire pardonner. Il se mit à genoux devant elle. La déesse lui appliqua de la poudre rouge en signe de pardon. Afin de la remercier, le roi décida de la faire emmenager dans son palais pour la mettre à l’abris des regards et des mauvaises pensées de tous. Depuis, dans certaines communauté, il est d’usage de sacrer une Kumari.

Elle est choisie parmi plusieurs petites filles, sur la base de plus de 30 critères physiques, dont le timbre de la voix. Celles qui passent la sélection doivent ensuite passer la deuxième épreuve : les filles sont enfermées dans une pièce noire où des hommes affublés de masques effrayants réalisent des danses et poussent des cris. Celles qui restent de marbres sont choisies pour la dernière épreuve : la fille qui est capable de reconnaitre tous les objets appartenant à la précèdente Kumari est sacrée. Elles sont parfois même choisies bébé.

Préservées de tout, elles ne sortent qu’une fois par année pour la procession annuelle qui célèbre la légende ci-dessus, et surtout, elle cessent d’être Kumari à la moindre goutte de sang versée. Que ce soit un bouton d’acné, une coupure maladroite ou même leurs menstruations, dès lors qu’elles versent leur sang, elles cessent d’être Kumari et redeviennent de simples mortelles. L’adaptation à la vie normale peut être extrêmement difficile, d’autant plus qu’elles sont éduquées à ne montrer aucun sentiment et à ne pas parler. De plus, se marier à une Kumari est considéré de mauvaise augure. Autant dire que ce n’est pas une vie pour une petite fille !

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Un commentaire sur « Patan Durbar Square »

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