La journée internationale des droits des femmes

Après un mois de préparation, il est temps pour nous de nous rendre à Patan pour la journée internationale des droits des femmes. Cinq filles de classe 9 (équivalent de la 3e) ont suivi les formations pour être leader et gérer les activités liées à ce sujet, sous notre supervision.

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En prévision de cette journée, les enfants ont travaillé sur 4 projets importants :

  • Réaliser un micro trottoir pour demander aux filles de l’école quels sont leurs espoirs pour l’avenir des filles et des femmes au Népal.

On a beaucoup entendu parlé d’éducation ce qui signifie que les filles sont conscientes que pour faire changer les mentalités et s’émanciper, le Népal à besoin d’éduquer davantage filles et garçons. Un autre thème important est celui des différences d’exigences entres les filles qui doivent s’acquitter de tâches ménagères et agricoles pénibles tandis que les garçons en sont exemptés pour pouvoir aller à l’école. La troisième idée qui retenti assez largement est celle d’abolir cette tradition stupide des mariages forcés qui causent le malheur non seulement d’un grand nombre de femmes mais aussi d’hommes. Cela mène à des situations ridicules d’alcoolisme, de violence et même de suicide qui pourraient être évitées.

  • Interviewer des femmes dans le village pour mieux connaître les problèmes auxquels les filles font face à différentes périodes de leur vie et à différentes époques, ainsi que leurs rêves et leurs propres comportements envers les autres femmes et filles de leur société.

Lors de nos visites dans le village, plusieurs femmes ont refusé de s’exprimer et d’autres ne donnaient que des réponses à demi mots, inquiètes de ce que les autres villageois, hommes ou femmes, pouvaient bien penser. D’autres encore refusaient de répondre en expliquant que la situation que vivent les femmes aujourd’hui dans ce pays est tout à fait normale : elles sont passées par là, il est donc normal que les jeunes filles d’aujourd’hui doivent faire face aux mêmes étapes et difficultés. Nous avons aussi rencontré une femme qui a accepté de nous répondre jusqu’à ce que son mari intervienne pour faire la morale aux enfants qui m’accompagnaient : ce qu’ils font est inutile, on ne changera jamais ça, … J’étais contente de voir Ajay, un ado qui s’était montré réticent à ce projet, lui répondre de manière très intelligente et mature – « Il est clair que ce n’est pas avec ce genre de discours que les choses changerons ; les femmes sont indispensables à l’éducation des enfants et peuvent s’en servir pour changer leur condition ; on ne les empêchera pas d’inculquer les valeurs qu’elles souhaitent à leurs filles, … »

Sarita Heureusement, il y avait un certain nombre de femmes qui n’avaient pas peur de s’exprimer et qui étaient très émues de revivre certaines périodes de leur vie. Quelques-unes d’entre elles ont raconté les mauvais traitements, d’autres les travaux forcés qu’on n’impose pas aux garçons, d’autres encore l’interdiction d’aller à l’école, ou bien le mariage auquel on les a forcées de consentir.

C’était vraiment très éprouvant d’entendre les témoignages de ces femmes qui ont dû quitter le domicile parental pour vivre avec de parfaits inconnus et qui expliquent comment « elle s’y sont faites » avec le temps.

  • Une pièce de théâtre écrite et jouée par les enfants pour faire un état des lieux des droits des femmes au Népal, dénoncer les problèmes et y proposer des solutions.

_DSC0173 La pièce met en scène une jeune fille qui est mariée de force à quelqu’un qu’elle ne connaît pas. Elle essaie d’en parler à sa mère qui lui explique qu’elle ne peut malheureusement rien faire puisque les décisions reviennent aux hommes dans la famille. Il faut savoir qu’au Népal, une femme mariée doit vivre avec la famille de son mari et devient la bonne à tout faire dans la maison. La jeune fille qui est présentée dans la pièce demande un jour à aller voir ses parents qui lui manquent mais son mari refuse. Lorsqu’elle insiste un peu trop, ce dernier la frappe et lui fait comprendre qu’elle ne doit jamais questionner ses décisions.

_DSC0202 Un jour, sa mère décide de lui rendre visite et la jeune fille lui raconte toutes les horreurs qu’elle vit au quotidien, mais, là encore, la mère est impuissante et ne peut qu’être consternée par la détresse de sa fille et son incapacité à intervenir. Heureusement, une ONG qui passe un jour par le village rencontre notre protagoniste et l’emmène dans son village natal auprès de sa famille où ils expliquent situation et sensibilise le père à tout ce que la jeune fille a pu vivre. Il faut savoir qu’au Népal, l’âge légal pour se marier n’est absolument pas respecté dans les villages.

  • L’écriture de discours d’1 minute sur des thématiques liées aux droits des femmes et aux problèmes contemporains auxquels elles doivent faire face aujourd’hui.

20170308_0024L’ardeur de nos filles à défendre les droits des femmes faisait plaisir à voir et représente aujourd’hui la lumière au bout du tunnel pour toutes les femmes en devenir. Parmi les thèmes qu’elles ont choisis, il y avait le harcèlement, le viol conjugal ou non, l’abolition des mariages forcés, l’éradication des réseaux de trafic humain et de la prostitution forcée, etc.

Nous voilà donc en route pour Patan.

Cette journée commence par une activité collective qui consiste à faire une chaîne humaine pour écrire le mot « HOPE » (espoir). Avec la vingtaine d’enfants de notre école, nous constituons le « o ».

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Puis la journée est inaugurée par le discours de Bethany, une américaine, par 2 fois violée. Elle raconte son calvaire et son combat pour faire condamner ses bourreaux et ce qu’elle a dû traverser pour le faire prouver puisqu’elle avait commis l’erreur de prendre une douche avant de se rendre au poste de police. Cette introduction donne le ton pour le reste de la journée.

20170308_0147 Ensuite, nous sommes invités à la projection du film « Sold » (vendue) que nous ne saurions que trop vous recommander. C’est l’histoire d’une petite fille d’un village isolé du Népal qui, après de forte pluies qui détruisent les champs et ruinent sa famille, est envoyée par ses parents dans « une famille riche » pour travailler et pouvoir manger à sa faim. Du moins, c’est ce que les parents pensent. En fait, comme c’est le cas pour beaucoup de filles au Népal, on lui fait traverser la frontière jusqu’en Inde et … là on vous laisse découvrir l’histoire. Ce film nous a vraiment chamboulés et nous a donné envie de, peut-être, un jour, travailler sur ce problème.

Finalement, la journée se solde par « le mur de l’espoir » où nous laissons l’empreinte de nos mains à la peinture avant de nous rendre sur le terrain de foot où une petite pièce de théâtre nous attend.

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L’évènement était vraiment intéressant mais manquait de « collectif ». Les discours des filles ont été enregistrés par caméra, sans audience, et les différentes activités n’étaient pas réalisée avec les élèves des autres écoles. Pour nous, c’était aussi un peu dommage que les interventions soient aussi centrées sur des femmes occidentales, et non sur des népalaises. Nous pensons que ça aurait eu plus d’impact : les problèmes ne sont pas exactement les mêmes et la portée des voix auraient eu plus d’ampleur si des femmes népalaises avaient parlé à des jeunes filles népalaises. Mais quoi qu’il en soit, à entendre les filles de l’école parler, les népalaises ont amorcé le changement.

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