Opération parrainage et visite aux familles

Il y a déjà quelques temps que nous projetons de publier un article à ce sujet mais l’ampleur de la tâche ne nous en a pas laissé le temps jusqu’à aujourd’hui.

Notre projet sur les parrainage est titanesque. Il a commencé il y a environ 1 mois et demi et consiste à moderniser les fiches des enfants déjà parrainés, à créer de nouvelles fiches pour les enfants en attente de parrainage, et à discuter avec les enfants en tête à tête pour obtenir informations de ces fiches.

Au début de ce projet, 75 entretiens sont à réaliser, dont une bonne moitié avec des enfants qui n’ont pas encore de parrain, sans compter ceux qu’il faut faire avec les petits de la maternelle mais pour lesquels nous sommes impuissants en raison de la barrière de la langue.

Chaque enfant a été pris en photo et se présente dans une petite vidéo afin de rendre les fiche de parrainage plus vivante et de créer un lien plus interactif entre les parrains et les élèves. Chaque vidéo doit être coupée, montée et sous-titrée en français.

 

Aujourd’hui, nous sommes heureux car la totalité des entretiens ont été réalisés et toutes les photos et vidéos ont été prises. La plupart des vidéos ont aussi été traitées et n’auront plus qu’à être insérées dans les fiches.

parrainage Pratikar Kunwar
Exemple de fiche de parrainage – page 1
parrainage Pratikar Kunwar 2
Exemple de fiche de parrainage – page 2

Cliquez ici pour voir un exemple de vidéo

A côté de tout cela, il faut rendre visite à certaines familles pour déterminer un ordre de priorité, même si cette tâche est extrêmement difficile. Nous avons prévu de voir 27 foyers, plus quelques autres depuis que l’association Pomme Cannelle a décidé de parrainer 20 enfants et que le dossier à remplir nécessite une connaissance détaillée de la situation sociale et sanitaire des enfants.

Le but de cette visite est de determiner les problèmes et les difficultés précises que rencontre la famille, ainsi que les conditions de vie des enfants. Plusieurs visites ont déjà été réalisées, et nous ne mentionnerons aucun enfant en particulier pour protéger leur vie privée, mais nous voulons parler de ce que nous avons vu. Tout d’abord, toutes les familles auxquelles nous avons rendu visite sont très pauvres. Mais il y a un fossé entre les familles qui donnent le meilleur d’elle-même pour leurs enfants et les autres.

Les mieux lotis ont pour maison une chambre : quatre murs en dur qui ne dépassent jamais 12m² et où ils vivent à 4 ou 5 en moyenne. Les autres vivent dans des cabanes de tôle d’une surface variant de 12 à 20 m² selon la taille de la famille. Pour les plus pauvres d’entre eux, les murs sont faits de planches récupérées on ne sait où, et le toit de bâche en plastique trouée qui laisse passer la pluie. Certains enfants dorment à même le sol. Le pire, c’est que même pour une maison de tôle, il faut payer un loyer !

Parlons un peu du positif : malgré ces conditions d’extrême pauvreté, certains parents, où même des mamans seules, donnent le meilleur à leurs enfants. Leurs vêtements sont lavés, les bouches nourries, et les parents, concernés par l’education de leurs enfants, les font participer le moins possible aux travaux de la maison et de la terre afin qu’ils puissent faire leurs devoirs. Ces parents-là, et en particulier les mamans qui sont seules, sont remarquables car ils travaillent de longues heures pour subvenir aux besoins de la famille mais parviennent tout de même à donner le temps nécessaire pour s’occuper convenablement des enfants.

Mais il y a aussi les autres, et même si l’idée du parrainage n’est pas de faire larmoyer les gens, il y a des réalités qui doivent être dites, aussi gênantes soient-elles. Certains enfants d’ici, sont laissés à eux-mêmes car les parents doivent travailler très dur pour survivre, en faisant souvent des boulot éprouvants et mal payés (porter le sable sur les chantiers de construction, acheminer les pierres sur leurs dos, … ). Les enfants doivent s’occuper de la maison, des potagers et des champs s’il y en a. Ils doivent aller chercher l’eau au robinet publique et portent donc de lourdes charges, et ce même à de très jeunes âge. Leurs parents ne sont pas là pendant la semaine pour leur laver leurs linge ou les faire se laver eux-mêmes. Certains parents sont alcooliques, prostitués ou autres. Parmi les adolescents de l’école, il y en a qui travaillent les samedis pour aider financièrement leur famille, en risquant leur vie pour creuser des puits par exemple. Beaucoup d’enfants connaissent les violences, le manque, l’absence d’un parent, voire même le viol.

Les parrainages sont donc indispensables pour envoyer ces enfants dans une bonne école, leur donner un minimum de repères, un semblant de normalité, et surtout, pour leur donner leur chance. C’est aussi un moyen de soulager les parents qui font de leur mieux.

L’école a mauvaise réputation auprès de certaines personnes ici car elle accueille des enfants « intouchables ». C’est une école de pauvres.

Nous sommes donc très heureux d’avoir participé à ce projet et nous n’allons pas nous arrêter en si bon chemin. Prochaine étape : prospection et recherche de parrains. Vous n’imaginez le bonheur que c’est d’aller annoncer la bonne nouvelle aux 20 enfants qui seront parrainés par APC. L’interview est aussi un bon moyen pour apprendre à connaître les enfants mais certaines histoires sont difficiles à entendre et ils ne se confient pas tous facilement.

Pour finir sur une note positive, voici quelques unes des expériences que nous avons vécues chez les enfants, pas nécessairement pour faire l’enquête sociale, mais aussi parce que certaines familles nous ont invités à dîner. Tout d’abord, nous avons été invités par la famille Mainali, dont les trois enfants, Ajay, Anjita et Anisha, sont scolarisés à l’école. Il faut savoir qu’au Népal, l’invité a le staut de dieu : il est servi et mange avant la famille. A notre arrivée, nous découvrons leur maison, un cabane de tôle de 12m², où ils vivent à 5. Le père, qui souffre d’un problème d’alcoolisme, fait une sieste. C’est un menuisier de talent qui a perdu ses doigts au travail il y a des années suite à quoi il a vécu une véritable descente aux enfers.

Nous sommes servi comme des rois : on nous donne à manger du poisson frit, un mélange de pommes de terre et autres légumes épicés, du poulet, etc. On commence à manger à 5h30 mais le vrai dîner démarre 3 bonnes heures plus tard, le tout arrosé de Raksi, le fameux alcool de riz népalais. Max passe une bonne heure à écouter les poèmes d’Anjita tandis que Laura et Quentin discutent avec Ajay, un ados avec lequel Laura a eu du mal à s’entendre au début. Dans la soirée, Ajay nous montre le travail de sa voisine qui est encore à l’ouvrage, à tisser des tapis, malgré qu’il soit très tard. On a passé une excellente soirée avec eux et on a été très heureux de leur faire découvrir la mousse au chocolat mais nous aurions aimé pouvoir parler davantage en népalais avec les parents.

La deuxième invitation que nous recevons vient de la famille de Pratikar, l’un des élèves préférés de Quentin. Nous avons rendu visite à la famille dans le cadre des parrainages, et la maman, une femme au sourire magnifique et au rire communicatif, nous avait invité à revenir pour dîner. La famille habite dans deux chambres de 8m² : l’une est pour la cuisine et c’est là que dort le grand-père quand il leur rend visite, c’est dans l’autre chambre que la maman et les deux enfants dorment. A tour de rôle, l’un deux doit dormir par terre car il n’y a qu’un seul lit.

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Dal-Bhat chez Pratikar et Prakriti

La famille est logée grâce à l’emploi de la maman qui garde la propriété et s’occupe du jardin pour les propriétaires en échange du gîte. Le reste, elle le paye grâce à l’argent que son mari envoie depuis le Qatar où il travaille comme homme à tout faire dans une maison depuis l’année dernière. Beaucoup de pères décident de quitter leur famille et de s’endetter pour tenter leur chance et essayer de gagner un meilleur salaire dans les pays du Golf. Malgré la maman garde le sourire. Cette femme est un véritable petit bout de soleil qui sème la bonne humeur autour d’elle. Cette fois, nous avons apporté des crêpes. Ils adorent ! Avant le repas nous jouons au Dixit avec Pratikar, qui s’émerveille devant les cartes, et sa sœur Prakriti. Pour le repas, la famille nous a préparé un traditionnel Dal-Bhat mais dans une version d’épices que nous n’avions pas encore goûté. Nous passons là encore une excellente soirée.

Les troisième et quatrième famille auxquelles nous rendons visite habitent le même terrain. Il s’agit d’une communauté de castes Tamangs qui s’est installée récemment dans Chapali à la suite du tremblement de terre où ils ont perdu leur maison. Ils sont restés ensemble pour s’entraider et ont dû s’endetter pour pouvoir construire leurs cabanes de fortune, en tôle et avec pour seul toit, une simple bâche en plastique. Il s’agit des familles Tamang et Budhatoki. Lorsque nous arrivons, la famille nous prépare le thé et les enfants courent acheter des biscuits pour nous. On se sent un peu gênés du coup mais on se rattrapera un peu plus tard, lorsque nous y retournerons, et que nous amènerons des gâteaux. Les familles sont vraiment nombreuses dans chaque maison et certains enfants doivent dormir par terre. Malgré tout, il y règne une bonne humeur et une bienveillance qui font plaisir à voir. On rencontre le papa de Kiran, un homme très touchant dont le regard porte toutes les épreuves qu’il a pu traverser dans la vie. Ce jour-là, Usha, la deuxième fille de la famille Tamang est à l’hôpital avec ses parents car elle a très mal au ventre, mais nous les rencontrerons à leur retour. Les enfants sont à l’image du papa : pleins d’énergie, d’humour et de sympathie. La maman est aussi très heureuse de nous accueillir et a du mal à tenir Sabin, le petit dernier, qui est un véritable électron libre !

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Visite aux familles Tamang et Budhatoki

Après cette petite touche positive, on ne pourrait pas terminer cet article sans avoir une pensée pour Sukhu, Suman et Pema, trois enfants qui vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. La première fois que Laura leur a rendu visite, ils vivaient dans une cabane de bois moisie de 8m², avec une bâche trouée au dessus de la tête, un seul lit pour 4, et des affaires entassées contre un mur. A ce moment-là, le père était parti et ne s’occupait pas d’eux car il est marié à deux femmes et navigue entre les deux familles. La mère était donc seule à s’occuper d’eux, sachant que son métier, d’une extrême difficulté, consiste à porter des pierres, des briques et du sables.

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Quelques semaines plus tard, touchée par cette famille, elle leur rend visite une nouvelle fois et est effarée de constater qu’ils vivent désormais sur le chantier de leur mère, dans un immeuble en construction, avec des murs qui tiennent à peine, au milieu du ciments, des briques et des câbles.

 

Peu importe qu’on se prenne des claques ou non, ces moments partagés avec les enfants et la découverte du mode de vie dans les maisons népalaises, sont des moments très touchants que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

PS: voici une brochure   qui explique le projet de cette école et donne quelques infos sur le fonctionnement du parrainage pour ceux qui seraient interréssés. Elle sera completée  ultèrieurement par une fiche plus détaillée oú in formulaire de parrainage sera inclus. En attendant, vous pouvez utiliser les coordonnées de la brochure.

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