Chitwan, deuxième jour.

Ce deuxième jour commence tôt lui aussi avec un petit déj à 7h pétantes. C’est une brume épaisse qui nous cueille au saut du lit. Le programme pour ce matin : promenade à dos d’éléphant dans le parc. Nous hésitons longuement à participer à cette activité après avoir lu et entendu que certains éléphants étaient maltraités.

Quand20170113_0002 on arrive, pas moins de dix éléphants nous attendent. Ils ont l’air plutôt bien traités, certains sont même parés de dessins pour les mettre à l’honneur. Nous avons un peu peur de leur faire mal en montant dessus mais il y a un maximum de 4/5 personnes (2 pour un cheval) sachant que l’animal pèse 2 tonnes. Qui plus est, l’une des adolescentes, Sabina, a peur de rencontrer des animaux sauvages et il ne reste plus qu’elle. On décide alors de tenter l’aventure.

20170113_0037L’homme dirige notre éléphant d’une petite baguette en bambou qu’il tapote qur sa tête ainsi que de ses pieds qu’il utilise pour le pousser derrière les oreilles. Sabina parle beaucoup pour se rassurer. Dommage parce qu’en théorie, il faudrait être silencieux pour maximiser nos chances de voir des animaux. D’un autre côté, elle peut nous traduire les infos du Kornak (maître) de l’éléphant. Il nous explique un peu les techniques de dressage : cela passe beaucoup par le jeu et la nourriture, mais ils doivent aussi punir les éléphants par moment car ce sont des animaux dangereux. Pour cela, ils utilisent un crochet mais n’ont normalement pas besoin de s’en servir. Le simple fait de leur montrer permet de les calmer. Le Kornak semble néanmoins proche de son éléphant; Il explique qu’il passe beaucoup de temps à le nourrir et à jouer avec : lorsqu’un des enfants fait tomber sa bouteille d’eau, il demande à l’éléphant de la ramasser et celui-ci s’exécute pour donner la bouteille à son maître. Un peu plus tard, il lui demande aussi de barrir. C’est incroyable !

Sur20170113_0024 le dos de cette éléphante, nous traversons jungle et rivière. Au passage, nous apercevons des crocodiles, des rhinos, beaucoup d’oiseaux, de singes et des paons sauvages. Malheureusement pas de tigres, de léopards ou d’ours, mais nous avons eu la chance de pouvoir poser des questions au kornak grâce à Sabina : l’éléphante a presque 20 ans, elle adore les bananes et surtout jouer. Il explique que les éléphants masquent 70% de nos odeurs humaines.

Lorsque nous arrivons dans une clairière marécageuse, le maître descend de l’éléphant pour aller faire pipi, nous laissant ainsi seuls sur le dos de la bête … on se regarde en se demandant si tout cela est bien raisonnable ! Mais l’éléphant reste calme et se met à jouer en se jetant de la poussière avec sa trompe. Quand le Kornak revient, elle baisse sa trompe pour lui faire la courte-échelle et le laisser remonter. Elle aura droit à une petite séance de toilettage improvisée pour la débarrasser de la poussière.

Pendant cette balade, nous apprenons notamment que les éléphants respirent par la trompe et la bouche, 70% de l’air passant par la trompe, et que leur cœurs battent entre 10 et 30 fois par minute seulement. A la fin, nous ne résistons pas à l’envie d’acheter des bananes pour remercier l’animal dont c’est le “bonbon” préféré. Cela restera un souvenir mémorable, une expérience unique, mais que nous ne renouvellerons pas malgré le bon moment qu’on a passé. L’utilisation commerciale de ces bêtes est controversée car leur place naturelle reste dans la jungle.

La matinée se poursuit avec une visite au musée Tharu, la culture du groupe ethnique principal dans le Téraï : le président de ce musée s’est beaucoup battu pour la protection de cette culture et pour la création du musée. Malheureusement, il ne parle pas anglais et nos bases de népalais ne nous permettent de comprendre qu’une fraction de ses explications. Mais les quelques informations sur les panneaux du musée nous aideront à mieux comprendre.

Les20170113_0140 Tharus sont considérés comme les plus anciens habitants de cette région. On pourrait écrire tout un blog à leur sujet, mais pour aller à l’essentiel, il faut savoir que pendant la période coloniale, le gouvernement du Népal avait classé ce peuple comme “enslavable alcohol drinkers”, soit “buveurs d’alcool pouvant potentiellement être utilisés comme esclaves” ! A cette période, la jungle de Chitwan est transformée en parc national (1800). Cet événement, ainsi que la politique menée à cette époque, encouragent les habitants des autres régions à venir s’y installer pour cultiver les terres. En effet, il s’agit d’une zone très fertile. Le grenier du Népal.

C’est ainsi que les Tharus commencent à voir leurs terres envahies, mais au 20ème siècle, une importante épidémie de Malaria décimera la population tout en épargnant 95% des Tharus qui semblent avoir une génétique à l’épreuve de cette maladie. Cette résistance naturelle fait, encore aujourd’hui, l’objet d’études. Nous avons été séduits par ce peuple singulier dont la culture est aussi ancienne qu’impressionnante. Nous en apprendrons plus le soir même car une petite surprise nous attend.

20170113_0056L’après-midi n’en est pas moins riche en émotions. Des pirogues nous attendent sur la rivière Rapti pour une promenade loin du bruit des villages. Nous sommes sensés rencontrer des crocodiles aujourd’hui. Les pirogues tanguent un peu, alors on croise les doigts pour qu’aucun des ados n’ait la sale idée de retourner l’embarcation.

Au bout de deux minutes, un magnifique crocodile apparaît sur la rive : Sabina, toujours aussi peureuse, passera son temps à parler pour se rassurer, ce qui a un peu gâché cette expérience. Malgré tout, on se laisse transporter au gré des courants, accompagnés par toutes sortes d’oiseaux que nous n’avions jamais vu, et scrutant les rives au cas où un croco s’y cacherait. Nous en voyons plusieurs, d’espèces différentes, mais aucun ne nous donne envie d’approcher d’avantage.

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Les clapotis de l’eau, le chant des oiseaux et le bruit du vent dans les immenses sals et autres arbres… C’est vraiment une expérience unique.

Une fois arrivés à destination, nous débarquons dans une prairie de hautes-herbes où on aperçoit au loin des éléphants avec leurs kornacs qui rapportent du bois et des feuillages des profondeurs de la jungle. En chemin, nous croiserons aussi des biches et des singes.

Pour la dernière sortie de la journée, nous nous rendons au « elephant breeding center », le centre où les éléphants sont conçus, mis au monde et dressés. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre car nous avons appris un peu plus tôt dans la journée qu’une jeune indienne est décédée après s’être faite chargée par le véritable roi de la jungle : un éléphant sauvage, mâle dominant, qui se rend au centre tous les ans pour féconder les femelles qui s’y trouvent, en période d’accouplement. Lorsque nous arrivons, il n’est toujours pas retourné dans la jungle. La bête est énorme.

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Il se pavane librement dans le centre, tandis que les femelles et les petits sont, eux, enchaînés. Pour être tout à fait honnête, on a trouvé ce spectacle d’éléphants en captivité assez désolant. Il serait bien que ces animaux puissent se promener librement dans un enclos plutôt que d’être attachés. Le bon moment de cette visite restera la rencontre avec un éléphanteau qui avait réussi à tromper la vigilance du personnel et que nous avons pu voir jouer librement un petit moment avant qu’il ne soit renvoyé auprès de sa mère.

20170113_0051A notre retour à l’hôtel, un homme à moto nous attend pour nous amener dans la maison d’une famille Tharu où un dîner typique nous attend. On fait le trajet à 3 sur la moto à travers les chemins pleins de pierres du village pour arriver à un groupement de maisons en paille recouvertes d’un mélange de terre, de déjections de bovins et décorées de peinture faites avec les mains et les pouces. Nous sommes accueillis par quelques personnes autour d’un petit feu et on essaie alors de parler un peu avec les quelques notions de népalais dont nous disposons. Les maisons de ce terrain sont habitées par les membres de la même famille. Il y a l’oncle de Bandhal, (l’homme qui nous a amené à moto) avec sa famille, Birendra, le guide du musée Tharu que nous avons rencontré le matin même, leur grand-mère…

Il y a beaucoup de passage et nous n’avons pas retenu tous les prénoms mais cet accueil autour du feu sous un ciel étoilé et une lune pleine et orange restera gravé dans nos mémoires. On nous fait signe qu’il est temps de se mettre « à table » mais avant, Laura fait un détour par les toilettes qui sont partagées par toute les familles et se trouvent après les champs qu’ils cultivent. Nous retirons nos chaussures pour entrer dans la chaumière. On nous installe sur une petite paillasse avant de nous déposer 2 verres ainsi qu’une sorte d’assiette en métal. Dans le 1er verre, de l’eau, mais dans le 2ème, du raksi, un alcool de riz local fait maison. Le service commence : du riz un peu collant cuit une 2ème fois dans dans les braises enroulé dans du papier aluminium , du poulet épicé, une sauce piquante à base de tomate, des légumes épicés eux aussi et des allumettes de pommes-de-terre. Nous mangeons sans couverts, avec la main droite qui est sacrée, contrairement à la gauche qui est réservée aux activités « sales », telle que la toilette.

Après le 2ème service, nous n’en pouvons plus. Nous sommes à nouveau invités à venir nous réchauffer autour du feu devant la maison. Ça tombe bien car nous n’avons pas encore fini notre 2ème raksi. Cette boisson est assez alcoolisée, forte en goût et un peu anisée. Nous écoutons les gens parler autour de nous. Un petit garçon arrive et joue au kung-fu.

Nous garderons un souvenir mémorable de cette soirée.

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