Billet politique : les élections vues du Népal

Ces dernières semaines nous ont laissé peu de temps pour nous intéresser à la campagne. La rentrée scolaire a été difficile. Entre le manque de personnel, les cours qu’il a fallu prendre en urgence, les enfants qui ont quitté l’école et ceux qui l’ont rejointe, pas facile de trouver le temps de s’intéresser à ce qui se passait en France. Et puis, de toutes manières, notre décision était déjà prise. Nous savions que, tous les deux, nous allions voter pour le seul mouvement qui, depuis plusieurs années, avait travaillé à construire un programme, mettant l’écologie en son coeur et proposant des solutions à l’essouflement de la démocratie dans nos institutions. Et puis comment être tentés par les autres qui n’avaient ébauché que de vagues mesures choisies pour leur impact sur l’électorat, plutôt que par conviction, et parfois même rédigées à la dernière minute?

Nous avons tout de même pris le temps d’aller faire nos procurations au consulat, car lorsque nous sommes partis, en décembre, nous avions pour projet de rentrer en mars. Il était donc prévu que nous soyons en France au moment du vote. Mais devant le travail qui nous restait à faire, nous sommes finalement restés 2 mois de plus. Faire nos procuration au consulat … plus facile à dire qu’à faire ! Déjà, il faut savoir que le consulat a fermé ses portes à Katmandou. Il faut désormais se rendre à New Delhi, en Inde, pour avoir accès aux services consulaires. Heureusement pour nous, un coup de fil très chanceux à l’ambassade va nous permettre de ne pas avoir à nous déplacer jusqu’en Inde pour pouvoir déposer nos documents de procuration : il faut s’y rendre demain car le consul, en visite, accepte de prendre des procurations avec lui pour les rapporter à New Delhi. Nous voterons donc à cette présidentielle !

Et bien … non en fait. Car comme beaucoup de nos concitoyens basés à l’étranger, les procurations sont bien arrivées en France où elles n’ont pas été traitées (https://www.franceinter.fr/societe/procurations-beaucoup-de-dysfonctionnements). Sur 3 volontaires ayant déposé leur demande de procuration, seule 1, à Bordeaux aura fonctionné. Un peu en colère et écoeurés, on essaie de s’informer sur l’ampleur de la situation mais impossible de trouver les chiffres des « empêchés de votes » (http://www.rfi.fr/france/20170426-empeche-vote-premier-tour-presidentielle-2017-france).

La seule source qui nous permet de nous rendre compte de l’ampleur des dégâts est cette carte participative où les personnes n’ayant pas pu voter se sont recensées elles-mêmes. (Si comme nous, vous voulez participer à cette carte, vous pouvez le faire via ce formulaire, c’est très rapide)

Pire encore ! Au fur et à mesure qu’on essaie de s’informer sur ces problèmes de procurations, on découvre que de nombreux électeurs n’ont pas pu voter parce qu’ils se sont fait radier des listes ! Entre 15 000 et 17 000 personnes n’ont pas pu glisser leur buletin dans l’urne à Strasbourg. Les chiffres sur l’ensemble du pays sont difficiles à obtenir, pour le moment en tout cas, mais il semblerait que des centaines de milliers de personnes soient concernées. Ce qui nous a le plus choqué, ce sont les raisons pour lesquelles ces personnes ont été radiées, car si il est vrai qu’on n’est jamais à l’abri d’une erreur et que certaines de ces radiations peuvent bel et bien être qualifiée d’erreurs, un grand nombre d’entre elles ont été décidéés pour des changements d’adresse.

Le prétexte derrière ces radiations : éviter les doublons ! Or, quand on connait le fonctionnement des inscriptions sur les listes électorales et le système de radiation, c’est extrêmement improbable d’avoir des doublons. En effet, l’électeur qui déménage peut s’inscrire ou non dans sa nouvelle commune. S’il choisit de s’inscrire, sa mairie traite la demande et transmet les informations à l’INSEE qui s’occupe alors de demander la radiation dans la commune d’origine. Il n’est donc,  normalement, pas possible d’avoir des problèmes de doublons ou de se faire radier parce qu’on ne se serait pas inscrit dans sa commune de domiciliation !  Les communes qui ont envoyé les demandes de radiations à l’INSEE n’en avaient pas le droit, puisque les électeurs n’avaient pas demandé d’inscription dans leur nouvelle commune, et le motif de retour de cartes électorales à l’envoyeur n’en est pas un non plus puisque celle-ci n’est pas obligatoire pour pouvoir voter le jour J. Chacun à le droit de rester inscrit dans sa commune d’origine. C’est d’ailleurs ce que font la plupart des politiciens.

Sachant que la jeunesse doit faire preuve de plus en plus de mobilité et de flexibilité pour pouvoir trouver un emploi, c’est elle la première victime de ce sale tour joué par les municipalités. En effet, combien sommes nous à travailler sous CDD et à ne pas savoir où nous serons la semaine prochaine? Dans ces conditions, est-il cohérent de s’inscrire dans sa nouvelle commune de domiciliation? Combien sommes nous à rester inscris dans notre commune d’origine pour que papa ou maman puisse voter pour nous ? Toutes ces procurations et radiations erronées sont un scandale qui en cache un encore plus grand, dont on ne parle jamais. En France, les 7 millions de « mal inscrits » comptent, entre autres, les mal logés et les SDF. Cela amène donc une question : est-il normal que l’accès au vote dépende de la situation socio-économique des citoyens?

Que faire maintenant pour tous ces empêchés de vote qui n’ont choisi ni Macron, ni Le Pen? En France, beaucoup se pressent dans les files d’attente interminables des tribunaux de grandes instances pour comprendre ce qui s’est passé et peut-être pouvoir voter au second tour, enfin, pour ceux qui ont toujours le coeur à voter. D’autres espèrent pouvoir chiffrer ce scandale pour peut-être demander une invalidation, mais c’est très peu probable que nos institutions reconnaissent l’invalidité de ce premier tour.

Pour nous, il n’y a rien à faire. Nous ne voterons pas, comme de nombreux autres français. Nous sommes partis 6 mois faire du bénévolat, et on va revenir dans une France dirigée par un président qu’on aura même pas pu élire. Mais on sera là, que ce soit pour combattre le démantèlement des droits du traval et la finance de Macron, ou le fascisme de Le Pen, on se retrouve bientôt dans la rue pour dire non à tout ce qu’on n’a pas pu refuser par le vote.

 

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